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Georgia Azoulay, une artiste aux multiples facettes

Laura De Filippo 4 mars 2020
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Issue d’un milieu multiculturel avec une mère américaine et un père français, l’artiste commence par des études littéraires puis se spécialise dans plusieurs masters : Communication et Gestion culturelle. Au cours de ses études, elle entre dans une école de théâtre, ce qui lui permet par la suite de réaliser des courts métrages et de mettre en scène Les Vagues en 2018 ainsi qu’Itinéraire d’une jeune femme en peignoir du 4 au 31 mai prochain au Théâtre de Belleville.

Georgia, vous êtes à la fois actrice, danseuse, photographe, professeur de yoga, réalisatrice et metteuse en scène. Comment ces différentes casquettes ont-elles influencé votre travail de réalisatrice ? 

Dans mon parcours, il y a quelque chose de l’ordre de l’intuition. Des choses viennent à moi et je décide, ou pas, d’attraper les choses en vol. J’ai commencé la danse quand j’étais toute petite. Puis, c’est à partir de la prépa que le théâtre est arrivé. Au début, c’était vraiment une souffrance, on m’a quasiment forcée à faire du théâtre parce que je bégayais. Il se trouve que ça m’a fait beaucoup de bien et une porte s’est ouverte. C’est à la suite d’un stage dans une boîte de tourneur de musique que j’ai décidé de ne faire que du théâtre, mais je voulais tracer ma route en tant que comédienne, déjà depuis quelque temps. Quant à la photographie, j’ai commencé, très jeune, par prendre ma sœur en photo. Tout ça s’est fait naturellement, en fait.

Vos parents faisaient-ils déjà partie du milieu artistique ?

Je considère mon père comme un artiste car il est styliste de métier. Il a commencé à travailler très jeune en tant que coupeur de cuir. Quand je le voyais travailler, il y avait vraiment quelque chose de l’ordre du metteur en scène, dans le sens où il passait des journées entières à voyager juste pour du shopping, à aller acheter des pièces. Ensuite, il recoupait, redessinait comme un patchwork géant. Quant à ma mère, elle est devenue mannequin à Paris, à 15 ans, et elle a toujours évolué dans le milieu de la mode, de la photo et du cinéma avec tous les écueils que ça a quand tu es très jeune et fragile. Très douée, elle est rentrée dans une école prestigieuse de photographie aux États-Unis mais elle n’en a finalement pas fait son métier.

Vos créations abordent souvent les thèmes de l’humain, l’amour physique et émotionnel, l’homme et la femme, la sensualité. Pourquoi ces thèmes en particulier ?

Ce rapport au corps a pris de plus en plus de place, alors que ce n’était pas tout à fait le cas au début. La pratique du yoga et de la danse y est pour beaucoup. Dans le premier, j’ai découvert un accès à l’inconscient beaucoup plus immédiat que la psychanalyse ou la lecture… C’est le corps ! Dans ma création, une dialectique existe entre l’héritage littéraire classique et l’immédiateté du rapport à notre corps. Je travaille aussi le corps comme un cartographe. En effet, je pense que notre corps offre des clefs sur notre rapport au monde.

En tant que metteuse en scène et réalisatrice, il n’est pas toujours facile de se trouver une place. Avez-vous rencontré des difficultés majeures ?

Personne ne m’a mis des bâtons dans les roues, car avec ma compagnie nous avons toujours fait ce qu’on voulait, quand on voulait, avec qui on voulait, dans la temporalité qu’on voulait. Certes, nous jouissons donc d’une certaine liberté. Toutefois, nous sommes dans une précarité. Aujourd’hui, j’apprécierais la reconnaissance, mais sans perdre notre spontanéité, qui est notre force. Or, nous risquons de nous mettre des bâtons dans les roues si nous n’acceptons pas le temps réel de l’économie institutionnelle. 

Pouvez-vous nous parler du projet ICTUS  sur lequel vous travaillez actuellement ?

C’est Félixe De Becker qui porte le projet, c’est avec elle que j’ai fait La Dalle. Suite à cela, elle est partie vivre aux États-Unis. Elle m’a soumis un scénario qui lui tient à cœur et qu’on continue d’écrire ensemble. C’est un court métrage qui traite d’un abus dans le milieu de l’orchestration, donc un grand chef d’orchestre très charismatique qui a une assistante extrêmement douée, persévérante, ambitieuse. Il se trouve qu’il va abuser d’elle… Le film se construit comme une grande lutte, un corps à corps très violent, proche du cannibalisme. C’est à la fois très concret, très violent et onirique, voire fantasmatique.

Propos recueillis par Laura De Filippo 

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